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Pierre-Alexandre Poulain métamorphose le métal.

Dentellier de l’acier

Face à la forêt de Retz, près de Soissons, ce créateur conçoit d’élégants meubles en acier découpé de motifs végétaux. Ces creux aux formes souples, élégantes, éparpillent des lueurs moirées sur le métal.

En bleu de travail, Pierre-Alexandre Poulain se bagarre avec une plaque d’acier qu’il évide au chalumeau, la tête à 30cm de la matière. Un travail brutal et minutieux à la fois. Tout en contrastes. Le voilà en train de ciseler un motif suivant les contours de son dessin : cet homme a la poigne et la carrure pour se cogner le métal mais quand il s’arrête, sa douceur inonde l’atmosphère. « Découper l’acier est une satisfaction intense puisque je donne de la grâce et de la légèreté à une matière lourde et grise. Je l’anoblis, je la fais vivre en la transformant en dentelle, » avoue ce créateur de meubles, de décors muraux et d’accessoires. « Le chalumeau fond l’acier à 2000° et accroche la lumière, dessinant au bord des vides des griffures irrégulières un peu plus épaisses qui font vibrer la matière. Et il reste toujours une petite trace de ce feu de fusion qui nous fascine. » Grâce à ces ourlets rugueux, des lueurs irisées s’éparpillent et se répercutent sur le métal. Ces reflets associés aux effets de transparence personnalisent une table basse, des appliques, une console de cheminée, un miroir.
Pierre-Alexandre Poulain a une passion pour les miroirs : « ils content une histoire, ils ne sont pas faits pour se regarder mais pour capter la lumière. » Exemple ? Au salon, le grand miroir aux camélias blancs est un hommage à Coco Chanel.

Pierre-Alexandre Poulain est en train de changer de style : il aborde des œuvres de grande taille. « A l’approche de la cinquantaine, je maîtrise enfin les techniques, j’ai enfin apprivoisé les réactions de l’acier ; me voilà libéré. » Devenu artisan d’art après une carrière de banquier à Paris, il s’est propulsé à la campagne avec son compagnon, sur un coup de foudre pour une maison avec vue panoramique sur la forêt de Retz. Ce cirque végétal au-delà de la vallée profonde est « une source d’inspiration permanente : il donne du souffle, libère l’imagination puisque rien n’arrête l’œil. Le regard s’envole, l’imagination avec. Face à l’immensité, on revient à l’essentiel, on oublie ce qui nous a entravé. » Avec Pascal, Pierre-Alexandre a restauré et décoré la maison. Ils ont installé les collections d’art des civilisations qui l’inspirent : le siècle des Lumières français, l’Inde, la Chine. Tout en composant son jardin, Pierre-Alexandre décline des feuillages, des branches, des papillons …

Généralement Pierre-Alexandre Poulain répond à la commande des décorateurs. « J’aime travailler pour un lieu précis et aller chercher l’envie du client, la deviner s’il ne l’exprime pas. » Il discute beaucoup pour proposer une solution qui correspondra au lieu et au client. Il exporte en Belgique, au Brésil, aux Etats-Unis, « partout où la French touch est recherchée. » Il entretient aussi un flux continu de vente à Londres, dans la galerie David Hicks « qui ose les couleurs qui donnent du pep’s, qui libèrent l’esprit. » Son client idéal serait Hubert de Givenchy : « collectionneur et amateur d’art raffiné, toujours élégant et curieux, il savait comment mélanger les styles, j’aurais aimé travailler pour lui. »
Surfant sur sa tendance audacieuse, notre dentellier de l’acier réfléchit à des projets fous : un panneau mural de 4m50 x 3m …il rêve d’habiller une pièce entière, un jardin d’hiver…

Quelles techniques ?

L’atelier au fond du jardin est sommaire. Une simple pièce pour la table supportant la plaque d’acier qui pèse son quintal. Après une longue phase de conception et des aller retours avec l’architecte d’intérieur avec qui il échange longtemps, Pierre-Alexandre dessine à main levée, directement sur le métal. Puis il le creuse au chalumeau en suivant les contours de son dessin et la matière s’allège. En bordure se dessine un ourlet plus ou moins gros qui reflète les effets de lumière… Les plaques mesurent 3m x 1m50, pour les grands panneaux muraux il assemble des éléments qui s’ajustent.
Pierre-Alexandre sert une oeuvre unique ; même une paire d’appliques symétriques ou de miroirs jumeaux présentera de petites différences. « Le terme designer me semble trop actuel pour mon travail qui se nourrit de tradition, l’acier que j’utilise était déjà employé sous l’Empire. Ce qui me plait ? Marier des matériaux nobles avec d’autres, inattendus, comme le mica, la nacre, le galuchat, le crin de cheval, la soie, le parchemin … L’acier peut être recouvert de laque de couleur mais j’aime aussi lui associer des revêtements originaux. » Ces finitions sont confiées à des artisans d’art qui ont toute sa confiance.

Informations pratiques

La Couronne, Saint-Pierre Aigle, près de Soissons.

www.pierre-alexandre-poulain.com

www.la-couronne.eu