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Elise Blouet-Ménard : restaurer un bel objet dans un bel endroit

Le bonheur en partage.

Elise Blouet-Ménard, biologiste et restauratrice d’objets en cuir et métal est une mémoire en activité tout en faisant preuve d’une étonnante créativité.

« J’assure la transition entre le passé et l’avenir en prolongeant la vie des objets. C’est exaltant de préserver les merveilles qui parviennent jusqu’à nous, vu que les plus médiocres disparaissent plus vite... A chaque cas, je me renseigne sur les meilleures techniques à choisir jusqu’à bien posséder mon sujet. »

Son atelier sent le cuir, la colle, l’huile et le bois qui ronronne dans le poële. Des sacs de voyage affaissés, des machines à coudre et une foule d’outils inconnus voisinent avec sa réserve de cuirs. Elise a installé son atelier dans la cour de la maison. C’est à la fois proche et séparé, ce qui permet de combiner travail et vie privée tout en échangeant avec son mari paysagiste. « Il a son bureau à côté et on discute beaucoup. » Si Elise doit partir restaurer des fauteuils en Auvergne ou ailleurs, Antoine s’occupe de leur petit garçon.

Qu’est-ce qui a déclenché sa vocation d’artisan alors qu’elle était ingénieure biologiste ? L’amour des vieux cuirs. « C’est une passion, j’aime vraiment toucher les matières et bricoler. En devenant artisan j’étais sûre de ne pas s’ennuyer. » Gagné. Elle ne fait pas deux fois la même chose et son sourire en dit long sur le plaisir qu’elle éprouve : « travailler dans un salon au château de Chantilly ou au musée Carnavalet, sur de beaux objets, entourée de gens ravis de ma manière de rajeunir l’objet ou lui redonner tout son lustre, c’est un bonheur partagé ! »

Au fil des ans, Elise consolide une selle et refait des casques d’officiers avec toupet, plumes et pompons pour le musée des Invalides à Paris, elle restaure la couverture de voiture du duc d’Aumale pour Chantilly, arrange des vieux bagages Louis Vuitton, la malle d’un joueur de polo, le cheval empaillé de Napoléon 1e, une statue en bronze … « J’ai plaisir à traiter les matières nobles. Si l’on ambitionne de bien travailler, on ne triche pas sur le temps passé, on ne transige par sur la qualité. Les deux sont indissociables » Dans cet esprit, sans prétention, elle crée de jolis sacs en cuir et toile, garantis à vie. Après avoir précisé les besoins du client avec lui, elle choisit des matières durables qu’elle coud avec un fil de lin ciré et poissé, qu’elle noue à chaque point. « S’il faut dix fois plus d’heures pour coudre à la main qu’à la machine, la double piqure sellier est indispensable pour durer. Je sélectionne des cuirs tannés et teints à l’ancienne, pour garantir souplesse et longévité. »

Ces créations sont siglées « w » pour Wulphy & Wyatt. Un nom très british ? Avec son teint de rose, Elise a le charme d’une jeune Anglaise et elle avoue avoir beaucoup appris lors de son stage ; elle continue à collaborer avec les sociétés britanniques sérieuses « qui ont le respect des traditions et des beaux cuirs. » Avec un tanneur anglais qui prend au moins une année pour le préparer, elle a redécouvert les secrets du cuir de Russie et le fait fabriquer là-bas pour quelques clients raffinés qui ont la culture de la qualité comme Hermès, Church …

Pour cette recherche, ses études de biologie ont bien renforcé son master en restauration des biens culturels. Du reste, « ce diplôme rassure les clients car il implique une éthique et un savoir-faire : par exemple, on utilise uniquement des colles stables dans la durée et garanties par les laboratoires. Plus notre métier est rare, plus on est sûr d’avoir la commande des musées et des monuments historiques. »

Enfin, comme elle se sent un devoir de transmettre, elle accueille des collégiens juste pour qu’ils se fassent l’œil comme des étudiants en fin de diplôme à qui confier une tâche délicate. Sa petite entreprise se porte bien, mais elle tient à rester seule, par goût de l’indépendance. Quand le chantier l’exige, Elise s’associe avec des homologues. « J’aime ces gestes, ce mode de vie, même si le dos me tire en fin de journée car c’est très physique. Pas question de monter une entreprise où je serais obligée de gérer au lieu d’occuper mes mains. « C’est la main qui sait. Même si on ne la regarde pas, l’expérience la guide. Et pendant ce temps là, la tête s’évade et l’esprit vagabonde… quel bonheur ! »

http://www.eliseblouet.com

eblouet@hotmail.com