L’atelier Toscan

Ou l’ambition d’un grand cru de Bourgogne appliquée au textile.

Le petit atelier abrité dans un hangar emploie cinq personnes mais il exporte sur les cinq continents des étoffes aux couleurs audacieuses, gaufrées suivant une technique d’impression à chaud inventée par l’Amiénois Alexandre Bonvalet au XVIIIème siècle.

« Les techniques ne sont pas dépassées, elles s’adaptent au goût du jour, évoluent avec de nouvelles technologies » assure Yves Benoit, maître d’art ennoblisseur de velours. Son savoir-faire et sa passion l’ont poussé à acquérir des planches et des cylindres Bonvalet pour imprimer à chaud des motifs sur le tissu. Assortie de catalogues et d’innombrables nuanciers, cette collection issue des sociétés qui ont fait la réputation du velours d’Amiens, a permis la naissance de l’Atelier Toscan. Yves Benoit l’a créé avec son fils Germain en 2005.

A quoi tient leur succès rapide ?
« On a associé les nouvelles technologies, la 3D, le marketing avec notre passion et l’application rigoureuse des techniques d’un bon cru à l’origine. On s’est vite rendu compte que Bonvalet était une référence dans le monde du luxe : des machines uniques, un style repérable, une envergure qu’identifient les collectionneurs étrangers, » raconte Germain.

Il connaît à fond l’histoire de la manufacture royale d’étoffes fleuries de Bonvalet qui a découvert l’impression mécanique continue des tissus sur plaque de cuivre et imposé des motifs en relief d’une grande finesse... Elle exportait au XIXè siècle jusqu’en Chine ses magnifiques velours de soie, de mohair, de coton, de laine. Préparés à la main, façonnés suivant des procédés anciens, les tissus sont imprimés, gaufrés, froissés, sculptés ... avant d’être posés sur un siège, d’habiller une chambre, une fenêtre, une table de fête, d’inspirer un couturier ...

L’Atelier d’art Toscan a retrouvé la finesse d’impression et les tons exceptionnels qui ont fait la renommée des grandes maisons : « Bonvalet a une pâte personnelle, c’est le seul à oser de très grands dessins, des formes subtiles, il impose un style qui est notre force. C’est le socle sur lequel on s’appuie. En même temps on l’a repositionné en produit très haut de gamme et appliqué sur du lin, du cuir, des toiles, du satin, sur toutes sortes de supports, avec un design actuel et des collaborateurs extérieurs qui osent des effets de matière inédits, » poursuit Germain.

Tout en développant son atelier, ce jeune diplômé de sciences politiques et de chinois le met au goût du jour : « on innove comme un couturier renouvelle sa collection chaque année. Notre réussite est dûe au savoir-faire, à la belle histoire de Bonvalet et à sa renaissance dans son terroir amiénois. »

Toscan vend aux collectionneurs, aux conservateurs de musées, aux gestionnaires de monuments historiques, aux architectes d’intérieur, aux galeries ... Comme on a affaire à une série de petits milieux prestigieux, ces gens se rencontrent, se parlent des produits et le bouche à oreille fonctionne. Germain expose dans les salons, à la biennale des antiquaires à Paris et voyage beaucoup pour se faire l’œil et situer sa marque parmi ses concurrents, avec un regard extérieur, toujours renouvelé. Sa curiosité, son avidité, son bonheur à découvrir des styles, des techniques, des jeux de couleur sont sans limite. Il accumule une foule de documents sur l’art de la décoration à toutes les époques, dans toutes les civilisations.

« Le marché est mondial, la culture locale. Amiens a la culture des couleurs, comme la Bourgogne a la culture des grands vins. » Héritiers d’une dynastie de teinturiers flamands installés à Amiens, Yves et Germain baignent dans l’Histoire des moulins, de la waide et de la gaude, ils connaissent la qualité de l’eau de la Somme qui donne au tissu un toucher si doux, si souple. Ils poursuivent la tradition du velours et relancent la teinture chez Cosserat. « A côté du laboratoire, on va cultiver des plantes tinctoriales comme autrefois, offrir une traçabilité absolue, savoir sur quelle parcelle ont poussés le lin et la waide, où ont brouté les brebis avant d’imprimer sur des machines inventées dans ce quartier. » Germain rêve que la manufacture Cosserat devienne un lieu de promenade qu’on visite comme le chais d’un grand cru et que Toscan devienne une sortie d’AOC du textile, une référence parmi les marques authentiques.

C’est un travail collectif, de longue haleine, qui exige des collaborations multiples. Son jeune associé vient de très loin : Enrique Lopes est Mexicain, d’origine aztèque, avec sa formation de sculpteur et de coloriste. Il innove autrement, lance le tissu foulé dans l’eau aux tons et aux dessins estompés ... Il joue sur la géométrie, s’inspire de l’Art Déco : « Tout est possible ! affirme Germain.

germain@toscan.fr

Tél : 03 22 40 19 25